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picto_arianeAccueilpicto_arianeLes Incontournables "Bande dessinée"picto_ariane 3 Secondes



LEs incontournables "Bande dessinée"

 

 

couverture 3 Secondes

Par : Mathieu, Marc-Antoine Editeur : Delcourt
Genre : Fantastique Date de parution : 08/2011
Résumé : 3".
Ça dure 3". C'est le temps du récit. C'est peu. Très peu. Rien pour ainsi dire. Mais quelque chose quand même. 3 c'est quelque chose. Avant, non. Mais 3, si. 3" secondes qui se déploient sur 67 pages. 3" mais ça suffit. Pour construire une histoire. Une tentative d'assassinat déjouée. Un scandale dans le petit milieu du foot. Les deux étant liés. 3", c'est tout. Qui plus est, ce récit est une trajectoire. Le tracé d'un parcours. Celui d'un photon ricochant sur des surfaces réfléchissantes 3" durant. Ce qui fait quand même un trajet d'environ 900 000 Km. Plus de 22 fois la circonférence de la terre. Ça fait beaucoup. À l'échelle de l'univers, sans doute pas. Mais à l'échelle humaine.
Le plus remarquable, c'est que tout ce périple se fait, somme toute, dans un mouchoir de poche. Hormis une échappée un peu au-delà de la lune, tout se passe dans une zone géographique restreinte. Ce qui représente quand même environ 2" pour l'aller-retour terre-lune.
Donc, tout ce que l'on voit de l'action, c'est une seconde. À peu près. Elle dure bien 3", mais nous ne sommes témoin que d'une. La majeur partie nous échappe. Il y a là un point aveugle. Une rupture. Nécessaire cependant. Elle permet d'introduire une autre dimension, la quatrième, le temps. Avant cette échappée, on a l'impression de se déplacer à l'intérieur d'un instant figé. De retour de la lune, tout a bougé. Il s'est passé quelque chose. 2". Environ. Et ça change tout. Le temps de cette absence, le récit prend corps et se dénoue. D'aucuns diront qu'il ne s'agit là que d'un exercice de style. Mais non. Si l'on admet qu'un style est une forme déjà là et arrêtée. Le style épistolaire, par exemple. Ou Picasso. Ou autre. Ici, cela s'inscrit bien plutôt dans une perspective toute oubapienne. Les modes d'expressions à contraintes – les ouXpos – travaillent à perturber et à tordre – voire défaire – les formes existante. Et non pas à s'y couler. Est mis en question les processus d'élaboration du sens. Un mode d'expression soumis à contraintes, confronte un auteur à des problèmes d'agencement des éléments de son domaine expressif. Et même à interroger ces éléments eux-mêmes. Leurs propriétés, leurs fonctions. Ce n'est donc pas tant un exercice de style qu'un problème de forme. Le style est ici éminemment "mathieusien". Ça se reconnaît de suite. Ne fait aucun doute. Par contre, il invente une forme où se renverse le rapport entre temps de lecture et temps du récit. Ce dernier, en général, est bien plus long que le premier. Ici, c'est l'inverse. Le temps de lecture y est bien plus grand que celui du récit.